Je suis désormais assez vieux pour avoir vécu de nombreuses morts en direct (enfin, des morts qui comptent) : James Mason en juillet 84 (à la une de Libé sur une plage de Catalogne), Truffaut en octobre de la même année (je rendais visite à mon beauf hospitalisé à Tulle ; c'était la fin de journée), Cassavetes en février 89 (un matin dans le froid en promenant mon cocker), Bukowski en 94 (pendant le Festival du Film Social de Limoges dont j'étais le programmateur - le soir, on a passé Harlan County, USA puis Alambrista et j'ai dit quelques mots), Derrida en 2004 (j'aurais bien aimé l'interviewer). Bien d'autres encore (Marguerite, Barbara, et ça n'est que le début), enfin bref, chaque fois la même sensation, irrationnelle : on n'y a pas pensé, c'est comme ça, ils existent et on ne se pose même pas la question. Sauf qu'un jour, paf, tu allumes ton ordinateur, tu vas sur Internet et Bergman est mort. Eh bien non, je n'y avais pas pensé.