Informations et considérations sur ma vie intime et mes activités (critique d'art, photographe, réalisateur de films). Informations générales sur le cinéma et les autres arts.
J'aime les polaroïds, j'aime la musique de Pascal Comelade. Depuis longtemps, ce qui doit avoir un sens. Tout bien réfléchi, c'est d'abord une affaire d'écho : je regarde Dolores (mon ancienne copine) saisie au vol les yeux dans le vague sur une plage de Normandie, j'écoute Souvenir de Vernet-Les-Bains, Jours tranquilles à Rodez - j'éprouve la même sensation, mélancolie mouvante, instable, images fragilisées, on stoppe le cours d'une vie, on fait obstacle au monde par sa tendresse intime. L'autre aspect analogue : ce grain, floconneux, vulnérable, qui n'est pas vraiment beau, juste proche, instinctivement vrai car nourri des affects, texture crue, mal léchée, du coeur en quête d'émois sincères. Mais il y a aussi la méthode, rudiment et bricole. Photographier avec un Polaroïd 600 (le moins cher), jouer sur un toy piano, une guitare en plastique, voilà la grande question. A priori, on ne peut guère ; alors on se coltine l'objet, on travaille l'instrument, ça résiste et ça vibre. La lutte en vaut la peine : suivre sa voie, y aller franco, que la matière jaillisse, singulière, étourdie. Quand le passé taraude, on exhume d'une enveloppe le peu qu'il nous en reste. Les polaroïds sont toujours plus douloureux que la photo classique ; ils ont capté les quelques minutes, partagées, essentielles, qui suivent le déclenchement, comme cette musique fantasque m'invite à recueillir, en simple affinité, sa nonchalante révélation.